Tailler

Dix questions fréquemment posées à propos de la taille des arbres fruitiers.

Doit-on toujours tailler un arbre fruitier ?

Non, on n’est jamais obligé de tailler un arbre.

On ne taille pas un arbre parce que son voisin taille, ou parce qu’on nous a dit de le faire : on coupe une branche pour une bonne raison.

Pas de bonne raison ? On laisse alors le sécateur dans la poche.

Est-il possible de ne jamais tailler un arbre ?

Oui, tout à fait. Et c’est même une expérience intéressante, surtout si on l’a débute dès la plantation (ou le greffage). Plus intéressant encore : planter deux arbres identiques, un tailler un et l’autre pas… jusqu’au jour où vous direz, devant l’arbre non taillé :

  • Cette branche plie dangereusement : l’hiver prochain, il va falloir que je la raccourcisse d’un tiers pour la rigidifier,
  • Je n’arrive plus à glisser l’échelle entre les branches pour récolter : je vais quand même faire un peu de ménage !
  • L’an dernier, les fruits étaient très nombreux et minuscules : comme il y a à nouveau beaucoup de bourgeons floraux, je vais raccourcir les rameaux fruitiers.

Parfait : votre arbre est en train de vous apprendre à tailler !

Quand tailler ?

On distingue deux époques de taille :

  1. La taille en repos végétatif, encore appelée taille hivernale, ou taille « en sec » (en sec, car il n’y a pas de sève dans le bois). De la chute des feuilles au début de gonflement des bourgeons. En France métropolitaine, décembre et janvier sont toujours adaptés.
  2. La taille en végétation, encore appelée taille « en vert ». Du débourrement à la chute des feuilles.

    La taille en végétation :

    • est difficile dès qu’il y a du feuillage (on voit moins bien la structure de l’arbre, les branches sont plus lourdes, on abime le feuillage et les fruits…),
    • est affaiblissante lorsque des quantités significatives de végétal sont supprimées,
    • les pincements et l’arrachage des repousses vigoureuses (futurs gourmands) qui démarrent sous une coupe effectuée l’hiver précédent peuvent être réalisés sans risque puisqu’ils suppriment très peu de végétal. Ils sont une bonne occasion de s’intéresser à l’arbre au printemps.

    Le jardinier taillera donc essentiellement en repos végétatif, avec parfois des exceptions pour le kiwi et la vigne, lianes exubérantes qu’il est parfois nécessaire de tailler en vert pour faciliter les interventions ultérieures (récolte, taille en repos végétatif) et, pour la vigne, favoriser l’aération du plant et donc limiter les maladies sur feuilles ou sur grappe.  

    Notons que les rejets à la base de l’arbre sont à supprimer tout au long de l’année (mais ce n’est pas à proprement parler de la taille), idéalement dès qu’ils atteignent 20 cm et en les coupant le plus à ras possible (dégager si nécessaire la base du rejet avec un piochon). Ainsi, les rejets seront de moins en moins nombreux et de moins en moins vigoureux.

    Par la suite, sauf précision contraire, je ne parlerai que de la taille en repos végétatif.

    Un arbre a-t-il mal lorsqu’on le taille ?

    Dépourvu de système nerveux, l’arbre n’a pas mal – au sens où nous l’entendons – lorsqu’on le taille. Heureusement, car sinon, soumis aux gelées hivernales, au soleil brûlant de l’été et au stress hydrique, aux animaux et ravageurs qui l’attaquent en permanence, sa vie serait un enfer.

    Il ne souffre pas lorsqu’on le taille mais, bien sûr, essayons de le traiter avec discernement et respect.

    Peut-on tailler lorsqu’il gèle ?

    Oui, il est possible de tailler, même par fort gel.

    Et si les arboriculteurs disent souvent qu’il ne faut pas tailler lorsqu’il gèle, c’est tout simplement qu’ils préfèrent – bien légitimement – se consacrer à d’autres tâches plus réchauffantes !

    Le jardinier, lui aussi, aura tout intérêt à tailler par temps doux. Il consacrera plus volontiers du temps à l’observation et à la réflexion.

    Pour ceux qui souhaitent aller un peu plus loin : c’est l’eau – et donc la sève – qui est susceptible de geler. Les dégâts de gel peuvent donc advenir si la sève n’est pas encore descendue, ou déjà montée.

    D’où la sensibilité des espèces méditerranéennes (ou exotiques) qui restent toujours en sève.

    Février 1956 est un bel exemple de dégâts de gel : janvier exceptionnellement doux, avec montée de sève (les bourgeons ne gonflent pas, mais la sève est présente dans le vaisseaux du bois) puis, fin janvier, arrivée brusque du froid : le thermomètre passe en quelques heures de + 15 °C à – 15 °C, ne laissant pas le temps à la sève de redescendre (hé oui, la sève peut, en fin d’hiver, faire le yoyo : monter par temps doux puis redescendre par temps froid). D’où des mortalités d’arbres considérables, sur les espèces méditerranéennes comme l’olivier, mais aussi, par exemple sur le châtaignier : les ardéchois qui ont connu cette époque disent qu’ils entendaient les châtaigniers « claquer », suite à quoi ils pouvaient glisser la lame de leur couteau dans la fente provoquée par le gel.

    Pour revenir au risque supposé d’une taille par temps de gel : soit l’arbre n’est pas en sève et il n’y a pas de gel possible ; soit l’arbre est en sève et il pourra y avoir des dégâts de gel (que l’arbre soit taillé ou non). On dit parfois, à tort, que « le gel va entrer par la coupe » : s’il fait – 10°C, il fait de toutes façons également – 10°C dans la branche…

    Doit-on tenir compte de la lune ?

    A  mon avis, non.

    La bonne lune c’est :

      • au cours du repos végétatif,

      • et lorsque, par un temps clément, vous pourrez prendre le temps d’observer tranquillement vos arbres.

    Par ailleurs, n’ayant aucune expertise en la matière, si vous pensez qu’un calendrier lunaire doit être respecté : bien sûr, faites-le !

    Un peu plus d’explications.

    Tout, dans l’univers, étant relié à tout, la lune est donc bien en lien avec vos arbres.

    Tenir compte de la lune (descendante/montante ? croissante/décroissante ?) pour tailler, présuppose que l’on attend de la « bonne lune » un effet sur la vigueur, la fertilité et la santé de l’arbre. Si ces caractéristiques sont conditionnées par les astres, elles le sont bien plus encore par le climat, le sol, l’alimentation de l’arbre et l’ensemble des interventions que l’arbre a subi. Alors oui, la lune a bien une influence sur l’arbre, mais une influence parmi tellement d’autres que l’on peut raisonnablement ne pas en tenir compte.

    Appuions-nous sur les enseignements du terrain : le verger d’un arboriculteur, avec ses centaines d’arbres de la même variété, plantés sur le même porte-greffe, à la même date et dans le même sol est bien monotone. Mais il présente l’avantage de pouvoir faire des observations intéressantes. Ainsi, lorsqu’un tel verger commence à être taillé en plein hiver puis que l’arboriculteur passe à d’autres travaux et termine la taille au gonflement du bourgeon, on constate généralement que les arbres taillés tardivement fleurissent deux ou trois jours après ceux taillés plus précocement, à cause de l’arrêt de sève provoqué par cette taille tardive. Mais jamais un arboriculteur ne m’a dit, par exemple : « J’ai commencé à tailler mon verger début janvier, puis me suis arrêté et ai repris 15 jours après. Et j’observe maintenant une différence de vigueur / de fertilité / au niveau sanitaire… D’où cela pourrait-il provenir ? ».

    Doit-on protéger les coupes consécutives à la taille ?

    Non.

    La cicatrisation est « plutôt moins bonne » lorsqu’une coupe a été badigeonnée (la sève, ne pouvant sécher, s’accumule sous le badigeon, avec prolifération de bactéries ou champignons).

    Je ne vois pas de raison, autre que commerciale, à la vente de badigeons supposés cicatrisants.

    Pour aller plus loin : il est probable que l’application de badigeons sur les coupes a été une transposition des soins apportés aux plaies de nous autres humains. L’emploi d’expressions comme « badigeons pour les plaies de taille » est révélateur. Bien heureusement, l’arbre a appris à limiter la propagation des pathogènes utilisant les très nombreuses branches cassées comme portes d’entrée.

    Taille de formation et taille de fructification, quelle différence ?

    La taille de formation modifie l’architecture de l’arbre (vu de loin, l’arbre n’est pas pareil avant et après la taille). Elle concerne surtout les premières années mais se poursuit peu ou prou toute la vie de l’arbre par la taille d’entretien.

    Elle concerne toutes les espèces et se fait au sécateur, à la scie ou à la tronçonneuse.

    En taille de fructification, on ne supprime ou raccourcit que les rameaux ou brindilles portant des bourgeons à fleur (vu de loin, l’arbre à la même silhouette avant ou après la taille).

    Elle se pratique au sécateur pour :

      • réduire l’éclaircissage,

      • et / ou pour rapprocher la fructification des charpentières (plus de précisions dans « taille de l’abricotier »).

    Pour des raisons d’accessibilité bien compréhensible, le noyer et le châtaignier ne sont pas concernés.

    Cette distinction entre taille de formation et taille de fructification est théorique puisqu’une taille de formation supprime des branches qui portent (ou allaient porter les années suivantes) des fruits et qu’une taille de fructification, par ses conséquences sur le nombre de jeunes fruits au printemps va impacter la vigueur de l’arbre – et donc sa forme – ainsi que son port. Mais cette distinction reste bien utile !

    Le jardinier s’attachera surtout à la taille de formation.

    Ne disposant pas de protection contre le gel en floraison et ayant par ailleurs du temps à consacrer à l’éclaircissage, il pourra faire une taille de fructification légère, voire inexistante.

    Faut-il pratiquer une « taille douce » ?

    Une taille douce ne peut se définir qu’en comparaison – ou en opposition – à une taille qui ne serait pas douce, donc dure, ou sévère, et qui pourrait être celle d’un arboriculteur qui supprime les deux tiers d’un pêcher lorsqu’il le taille, ou qui utilise des lamiers (gros taille-haie) montés sur tracteur. Rassurez-vous ! Les arboriculteurs ne pratiquent pas une taille dure ou sévère, mais simplement une taille adaptée à leurs contraintes, leurs objectifs et leurs compétences.

    Même s’il ne faut jamais se refuser de la douceur, l’objectif de ce site n’est donc pas de vous initier à une « taille douce », mais de vous aider à adapter votre taille à partir de l’observation et du raisonnement.

    Tailler accroît-il la vigueur de l’arbre ?

    La réponse aux questions précédentes était simple : « oui », « non », ou un court développement suffisait.

    Cette question est plus délicate et sera traitée dans la rubrique « Quelques fondamentaux ».

    Disons simplement que – contrairement à une croyance répandue –la taille diminue le plus souvent la vigueur ; mais elle l’augmente parfois.

    Mais tailler, c’est quoi ?

    Oui, bien sûr, on aurait pu commencer par là ! Mieux vaut tard que jamais !

    Tailler, c’est supprimer du végétal, avec la main (pincement), le sécateur, la scie ou la tronçonneuse.

    Le tailleur, comme le sculpteur, pratique par enlèvement.

    On taille, bien sûr, les branches, mais les racines sont parfois taillées également, toujours lorsqu’on souhaite affaiblir l’arbre. C’est ce que pratiquent les amateurs de bonzaï : dépoter l’arbre, couper les racines, le rempoter…

    Dans des vergers trop vigoureux (pommiers souvent), les arboriculteurs coupent parfois les racines avec un tracteur équipé d’une sous-soleuse (lame verticale entrant en terre de 50 cm environ). Cette opération est faite en montée de sève (gonflement du bourgeon).

    Et si l’on prenait un moment pour parler du tailleur – et de la tailleuse !

    Symbole de sagesse, de connaissance et de fertilité, l’arbre est présent dans toutes les traditions spirituelles. N’oublions pas que si nous pataugeons dans cette vallée des larmes, c’est parce qu’Adam a eu la bonne idée de croquer un jour la pomme !

    Des racines, un tronc, des branches (qui ont la même étymologie que « bras ») : l’arbre se prête à merveille aux projections et aux identifications.

    Parler d’arbre – et en particulier de taille et d’éclaircissage – sans se laisser envahir par la subjectivité et l’affect est une gageure. Vous voulez une preuve ? Madame, monsieur, allez donc tailler ensemble le vieux pommier au fond du jardin. Au risque de tomber dans les stéréotypes de genre, on peut penser que monsieur va partir avec sa tronçonneuse, et madame avec un sécateur ou peut-être même les mains dans les poches. Tous deux vont se regarder en coin, madame pensant qu’il va lui faire du mal avec son gros machin et qu’en lui coupant des branches, il va lui enlever plein de bébés fruits ; monsieur se disant que les vieux arbres, c’est comme les greniers : il ne faut pas hésiter à faire du ménage ! Dispute garantie en moins de dix minutes.

    L’intention de ce chapitre sur la taille n’est pas de gommer la subjectivité (on a bien le droit de s’amuser avec sa tronçonneuse !), mais de l’éclairer par une meilleure compréhension du fonctionnement de l’arbre. Que madame comprenne que, sur ce vieux pommier qui penche dangereusement, couper quelques branches va le rééquilibrer et évitera donc qu’il ne tombe un jour de neige ou de grand vent ; et que monsieur sache que le pommier est très sensible aux brûlures et qu’il faut donc tailler avec parcimonie dans le haut de la frondaison.

    Il est toujours fructueux de s’interroger sur nos attentes lorsqu’on plante un arbre. Des fleurs ? Des fruits ? Une silhouette ? De l’ombre ?

    Et de s’interroger sur notre comportement. Plutôt interventionniste ou plutôt « laisser faire la nature » ?

    Et de s’interroger également sur notre vision esthétique de l’arbre. Qu’est-ce qu’un bel arbre ? Là encore, laissons nos attentes esthétiques s’exprimer… sans oublier les règles de fonctionnement de l’arbre afin que l’arbre soit beau… résiliant et productif.

    Nous allons maintenant aborder ces « fondamentaux » de l’arbre et de la taille.

    Quelques fondamentaux

    Une boite à outils, qui nous servira pour toute la suite !

    Comment une branche s’allonge t-elle ?

    Une branche croît en longueur par les nouvelles pousses produites annuellement.

    Schéma (chaque bourgeon donne une pousse linéaire, non ramifiée).

    La croissance s’effectue dans l’extrémité non lignifiée du rameau. Dès que la pousse est lignifiée, l’accroissement en longueur n’est plus possible.

    Schéma : une branche, deux marques. Plusieurs années après, même distance.

    Schéma : un tronc. Idem

    Une branche peut-elle s’abaisser ? Se redresser ?

    Sous le poids du feuillage et des fruits, une branche peut plier et s’abaisser.

    Schéma

    Mais, et c’est moins connu, une branche peut, dans certains cas, se redresser !

    Schéma, cerisier, axe coupé, redressement d’une branche du verticille.

    Pour aller plus loin : comment une branche peut-elle se redresser ?

    Les forestiers, qui recherchent des fûts le plus droit possible, ont étudié cette possibilité qu’ont les branches de modifier leur position dans l’espace. Voilà ce qu’écrit Catherine Bourgeois, de l’IDF (Institut du Développement Forestier) dans « Le châtaignier, un arbre un bois » :

    Comme dans tous les feuillus, ce sont les fibres de tension qui ont un rôle dans la ré-orientation de l’axe de l’arbre. Ces fibres de tensions sont dans la partie supérieure de la branche (ou de l’arbre). Elles forment des zones plus sombres dans le bois (chez les résineux, ce sont des fibres de compression, situées en partie inférieure, qui jouent le même rôle).

    Comment un arbre tend-il vers une certaine forme ?

    Pourquoi un pommier non taillé va-t-il tendre vers une forme en boule, et le poirier planté à côté vers une forme en pyramide posée sur sa pointe ?

    La forme d’un arbre et ses dimensions résultent de l’expression de son génotype (ses gènes) dans un environnement donné.

      • Le génotype conditionne la longueur de la pousse (plus ou moins longue), l’aptitude à la ramification, l’angle d’insertion des nouvelles pousses, la souplesse du bois, le nombre de fruits et leurs poids (qui vont abaisser plus ou moins les branches)…

      • L’environnement :
        • La lumière,
        • Le climat,
        • La nutrition minérale et hydrique,
        • La présence de ravageurs

    Et, toute son existence, l’arbre va tendre vers cette forme.

    Chaque fois que, par la taille, on va réduire l’arbre et l’éloigner de cette forme et de ce volume, celui-ci va réagir et tendre à retrouver ses caractéristiques premières. Il va le faire avec une architecture très différente, mais la forme, elle va être conservée.

    Schéma : cerisier non taillé (scion non rabattu), puis taillé en ne conservant que les branches les plus basses.

    Et plus on va contraindre l’arbre et plus on va l’éloigner de sa « zone de confort » qui lui permet de produire régulièrement et durablement des fruits de qualité.

    C’est pour cette raison que les arboriculteurs apportent la plus grande attention au choix du porte-greffe, des distances de plantation et de la forme fruitière.

    L’amateur, lui aussi, veillera à ne pas trop contraindre l’arbre : il pourra lui donner une forme différente de son port naturel, mais sans restreindre excessivement son volume (ou sa surface foliaire).

    Les règles de circulation de la sève et leurs applications pratiques

      • La sève se porte vers les branches les plus hautes (ou « les branches les plus hautes sont mieux alimentées en sève ») (sauf rares exceptions de variétés très basitones),

    Schéma, deux branches de même diamètre, verticales, les deux coupées. La coupée + haut a plus de gourmands.

      • La sève se porte vers les branches les plus grosses,

    Schéma, deux branches de diamètres différents, coupées à la même hauteur, en hiver avant la coupe, après la coupe et en été.

      • La sève se porte vers les branches les plus dressées,

    Schéma, deux branches de même longueur, une plus dressée que l’autre,

      • La sève se porte vers les branches les plus longues,

    Schéma, deux branches horizontales, l’une plus longue que l’autre,

    Premier exemple d’application de ces règles : la formation d’un gobelet :

    Schéma, 3 branches de longueur force différente, gobelet équilibré en recoupant au niveau de la plus faible.

    Deuxième exemple : l’utilisation des tire-sève :

    Exemple d’un gobelet, une charpentière moins forte. Tires-sève conservés deux ans.

    Ou un arbre, poussant peu, (cerisier), conserver des tire-sève.

    Tailler, c’est fermer un robinet

    En coupant (en hiver) on interrompt la circulation de la sève dans les vaisseaux du bois (au printemps).

    La sève qui ne peut plus circuler dans la branche coupée va se reporter sur les branches conservées et, préférentiellement, dans les branches les plus proches de la coupe.

    Donc :

    Si je veux favoriser les branches basses, je coupe des branches dans le haut.

    Si je veux favoriser  les branches hautes, je coupe des branches d’en bas.

    Si je veux favoriser la partie droite de l’arbre, je coupe des branches situées à gauche de l’arbre.

    Si je veux favoriser la partie nord de l’arbre, je coupe des branches situées dans la partie sud de l’arbre.

    Les erreurs les plus fréquentes concernent la mauvaise compréhension de ce principe.

    Dire « couper appelle la sève » est une erreur due à l’illusion de la taille. En effet, des gourmands démarrent fréquemment en dessous de la coupe, mais la sève qui les alimente est très inférieure à celle qui circulerait dans la branche si elle n’avait pas été coupée.

    Couper des branches au nord pour appeler la sève au nord et donc favoriser la partie nord de l’arbre est une erreur : c’est bien au sud qu’il faut tailler pour favoriser le nord !

    La taille accroit-elle la vigueur ?

    Il est souvent dit – ou écrit – que la taille accroît la vigueur. Cette réponse trop générale (et souvent erronée) est due à une illusion d’optique que l’on nomme parfois « l’illusion de la taille ». En effet, lorsqu’on coupe, par exemple, une branche à moitié, un ou plusieurs gourmands pousseront en-dessous de la coupe. L’œil voit ces quelques pousses vigoureuses et les associe à une bonne vigueur générale de l’arbre ; mais il ne voit pas – et pour cause ! – les nombreuses pousses qui auraient pu croître si la branche n’avait pas été coupée.

    L’une des erreurs les plus fréquentes du jardinier est de vouloir redonner de la vigueur à un arbre faible par une taille sévère alors que la solution était ailleurs : fertiliser (arroser lorsque c’est possible), effectuer une taille de fructification et, si nécessaire, éclaircir précocement les fruits en surnombre.

    Par contre, la taille accentue la vigueur lorsque, par une taille de fructification, l’on supprime de nombreux rameaux chargés de bourgeons à fleur, ne laissant que ceux nécessaire à la fructification de la saison suivante. La surface foliaire est globalement conservée alors que les fleurs et les jeunes fruits seront moins nombreux : l’arbre aura plus d’énergie pour de nouvelles pousses ou pour accroître son système racinaire.

    Plus d’explications sur la relation taille / vigueur :

    Et tout d’abord, la vigueur, c’est quoi ?

    La vigueur s’apprécie visuellement – et subjectivement – par le nombre de pousses et par leur longueur. Plus un arbre est doté de nombreuses pousses longues, plus il sera jugé vigoureux. Un tel arbre aura des feuilles nombreuses, larges et bien vertes, contribuant au ressenti de vigueur.

    Théoriquement, il serait possible de quantifier la vigueur en mesurant la longueur de toutes les pousses et en en faisant la somme. Mais il y a sur un arbre adulte plusieurs milliers – ou dizaine de milliers – de pousses, de 3 mm à 3 m.

    Bien heureusement, ce travail de titan peut être contourné :

    La vigueur, corrélée avec le nombre et la longueur des pousses l’est donc aussi avec le feuillage, et donc avec le flux de sève brute montant des racines vers le feuillage par les vaisseaux du bois. La vigueur peut donc être appréciée objectivement par la mesure des cernes annuelles de croissance. En pratique, on mesure en hiver le diamètre du tronc, et donc sa section. Puis on refait la même mesure l’hiver suivant. Par différence, on calcule la surface, en cm², de la dernière cerne de croissance. Il est alors possible de la comparer à celles des années précédentes ou à celles d’autres arbres ayant eu des modalités de conduite différentes.

    Qui dit vigueur dit énergie.

    Il y a dans l’arbre des sources d’énergie (le feuillage), et des puits d’énergie (les fruits, le bois des branches et des racines).

    Pour un arbre jeune, non encore à fruit : la taille, en diminuant la surface foliaire en début de végétation, diminue la source d’énergie et donc la vigueur de l’arbre.

    Comparons maintenant deux arbres en production et identiques. A nombre de fruits égal l’arbre taillé sera moins vigoureux puisque :

      • La surface foliaire, et donc la source d’énergie est moindre,

      • Le nombre de fruits conservés en été (et donc les puits d’énergie) est identique,

      • Donc, au final, sur l’arbre taillé, vigueur moindre.

    Toute la subtilité réside bien sûr dans le « à nombre de fruits égal » ! Car, bien souvent, l’arbre taillé portera moins de fruits que le même arbre non taillé :

    – soit parce que c’est une espèce qui ne s’éclaircit pas, un cerisier par exemple,

    – soit parce que l’on conserve – sur un pêcher par exemple – un certain nombre de fruits par rameaux (et non par arbre) et que donc l’arbre taillé porte au final moins de fruits que celui qui n’a pas été taillé.

    Nous y reviendrons espèce par espèce.

    Faire une coupe correcte

    Bien que l’arbre mette en place des barrières à la propagation des pathogènes dans le bois, l’arboriculteur veillera à faire des coupes les plus propres possibles :

    Schémas, rameau, branche coupée à moitié, branche supprimée.

    En végétation, oublier (presque toujours) le sécateur

    Développement

    En repos végétatif, observer (et tailler) tous les ans

    Développement

    Que faire d’un arbre qui pousse trop ?

    Développement

    Que faire d’un arbre qui ne se met pas à fleur ?

    Développement

    La formation de l’arbre, étape décisive

    Développement

    La décision de tailler (ou pas) : une musique à quatre temps basée sur l’observation.

    Devant un arbre, je vous propose une démarche en quatre temps (trois questions puis une décision) :

    Premier temps : quelle est l’histoire de cet arbre ?

    Quel âge ? Quelle forme fruitière ? Quelle vigueur ? Quelle fructification ? Quelles interventions passées dont on peut voir les conséquences ?

    Deuxièmement : quel est son avenir ?

    Va-t-il beaucoup croître ? En hauteur ? En largeur ? Se ramifier ? Porter des fruits ? Beaucoup ? Situés où ?

    Troisièmement : cet avenir me convient-il ?

    Et, quatrième et dernier temps, une décision :

    Si cet avenir me convient, je ne taille pas,

    Si non, je taille,

      • parce que, par exemple, les fruits vont être trop hauts et peu accessibles : c’est « tailler pour le tailleur »,

      • ou, autre exemple, parce que l’arbre risque de se fendre au niveau d’une fourche : c’est « tailler pour l’arbre ».

    Le premier temps, l’histoire de l’arbre, va être le fil directeur de ce qui va suivre. Apprendre, par l’observation, à « lire » un arbre.

    Après chaque observation, les trois autres temps seront abordés mais, pour éviter les lourdeurs, sans être formellement désignées.

    ????????????????????????????????

    Préférer : 1) Quelle est l’histoire de cet arbre

    Puis 2) Quel est son avenir ?

    Nous allons commencer par 5 observations qui ne sont à faire que la première fois (elles portent sur des caractéristiques qui ne changent pas d’une saison à l’autre) :

    De quelle espèce s’agit-il ?

    La question peut faire sourire, mais on peut être appelé à tailler des arbres dont on ne connaît rien – même pas l’espèce fruitière ! Est-on sûr de savoir différencier un abricotier d’un prunier ; un prunier d’un amandier ; un pommier d’un poirier ? Un poirier d’un cormier ? Un cognassier d’un néflier ? Un jeune figuier d’un jeune noyer non greffé ?

    Reconnaître une espèce fruitière est affaire de physionomie : nous intégrons un ensemble de critères qui amènent à penser qu’il s’agit plutôt de Pierre que de Paul… ou plutôt d’un abricotier que d’un prunier ! Et plus on côtoie les arbres et plus on affine son aptitude au discernement.

    Si on ne peut que rarement changer d’espèce fruitière – c’est parfois possible par le surgreffage d’un jeune arbre – la connaissance de l’espèce est un préalable indispensable à la taille : on ne forme pas de la même façon un abricotier dont on récoltera les fruits depuis le sol et un prunier dont on secouera les branches !

    Quelle variété ?

    Rassurez-vous : même les meilleurs experts sont incapables de différencier les très nombreuses variétés (plusieurs milliers pour la pêche ou la pomme). Mais ils peuvent les rapprocher de certains types : plus ou moins acrotone ou basitone ; bois fin et souple ou trapu et rigide ; branches plus ou moins ramifiées…

    Le jardinier, lui, aura progressé s’il discerne un type de pommier acrotone (comme Reine des Reinette) ou plus basitone (comme Reinette Grise du Canada) et qu’il en tient compte dans la formation de l’arbre (s’il souhaite le former et non le laisser en port libre).

    L’arbre est-il greffé ?

    Si toutes les espèces fruitières peuvent être multipliées par semis – et par bouture pour certaines – la quasi-totalité des arbres issus de pépinière ont été greffés, à l’exception du figuier, de l’olivier, du kiwi, du noisetier et des espèces de petits fruits qui elles sont multipliées par boutures (par drageon pour le framboisier, par marcotte pour la mûre).

    Discerner l’emplacement de la greffe (que l’on appelle le « point de greffe ») permet d’éviter quelques erreurs lourdes de conséquences : conserver des pousses sous la greffe (en croyant qu’elles sont greffées), voire couper sous la greffe pour les favoriser !

    Quel tronc ?

    Parler du tronc dans la rubrique « plantation », ou l’aborder ici ????

    Devant un arbre, sécateur et scie à la main, la hauteur du tronc est une donnée que l’on ne pourra que rarement modifier (on le peut parfois sur un jeune arbre). Mais y prêter attention est toujours intéressant. Pourquoi cette hauteur de tronc ? Était-ce un choix ou a-t-elle été subie (le pépiniériste n’avait peut-être pas d’autre type de plant à proposer) ? Et si la hauteur du tronc convenait à la plantation, il y a vingt ans, est-elle toujours adaptée aujourd’hui ?

    Quel environnement ?

    L’arbre est-il isolé ? Entouré d’autres arbres ? Si c’est le cas, les autres arbres peuvent-ils lui faire de la concurrence par leurs branches pour la lumière ; ou par leurs racines pour l’alimentation en eau et en éléments minéraux ?

    Est-il abrité du vent ?

    Si le terrain est en pente, est-il exposé au nord ou au sud.

    Que sait-on du terrain : plutôt favorable ou défavorable à cette espèce fruitière ?

    Puis nous allons continuer avec xxx questions qui seront à se poser chaque année :

    Quel âge ? Quel stade de développement ?

    L’âge d’un arbre peut être exactement connu en coupant son tronc et en comptant les cernes de croissance, mais évitons cette méthode destructrice !

    Jusqu’à 4 ou 5 ans (parfois plus selon les espèces et la conduite), l’âge peut être déduit des étages successifs de croissance SCHEMA.

    Au-delà, il ne peut qu’être estimé d’après le volume de l’arbre, le diamètre du tronc, l’aspect de l’écorce (lisse ou rugueuse).

    Dans lequel des 3 stades de développement l’arbre se trouve t-il ?

      • Phase juvénile : croissance forte du système aérien (et racinaire), production absente ou faible,

      • Phase de maturité : l’arbre continue de croître, la production (ou au moins la floraison) est régulière,

      • Phase de sénescence : la croissance est faible, la production irrégulière ou faible ; des branches commencent à dépérir.

    Le choix de la forme fruitière sera fait en phase juvénile, puis entretenu en phase de maturité.

    Mieux vaut laisser l’arbre tranquille en phase de sénescence : les interventions pour le « relancer » sont souvent vaines. Dans un souci d’esthétique, ou pourra se contenter de couper les branches mortes.

    L’arbre présente t-il des « points de faiblesse » ?

    Développement

    Quelle forme fruitière ?

    Développement

    Quelle vigueur ?

    Développement

    Quelle fructification ?

    Développement

    Quelles interventions passées dont on peut voir les conséquences ?

    Développement