Pourquoi « couronne » ?

« Couronne », parce que les nombreux greffons figurent les pointes d’une couronne.
(figuier)

Un seul greffon avait été posé sur ce petit porte-greffe (châtaignier).
La technique est exactement la même : greffon en biseau inséré sous écorce.
On l’appelle quand même « couronne », même si elle n’y ressemble plus du tout !
Et d’ailleurs, au premier coup d’oeil, on est bien incapable de savoir si c’est une greffe en fente ou en « couronne » !
Quand ?
Au printemps, en pleine montée de sève. Le décollement de l’écorce doit être aisé.
Fruits à noyaux et à pépins : à partir de la floraison.
Autres espèces : à partir du débourrement / début feuillaison.
Le décollement de l’écorce, qui induit celui du cambium, fait de la couronne une greffe fragile, qui n’attend pas (contrairement à la fente : écorce fendue et non décollée). Les échecs proviennent souvent d’un arrêt de sève après greffage. On greffe donc lorsque la météo annonce du temps doux, sans chute des températures, dans les 15 jours.
On diffère également le greffage si de la sève s’écoule lorsque le porte-greffe est rabattu (si on greffe lorsque de la sève s’écoule, celle-ci va s’insérer entre le greffon et le porte-greffe, nuisant à la reprise).
Le kiwi, par exemple, espèce qui « pleure » beaucoup, et longtemps, peut-être greffé en couronne en plein été, lorsque l’écoulement de sève est terminé.
Pour aller plus loin : on pourrait greffer systématiquement après le 15 mai, lorsqu’il n’y a plus de risques de chute de température, mais on réduit d’autant la période de croissance des greffes. S’ils ne sont pas justifiés, on évite donc ces greffages tardifs.
Sur des porte-greffe de quel diamètre ?
Techniquement, sur tous diamètres à partir de 2 cm.

Lorsqu’on greffe, comme ici (châtaignier), sur des porte-greffe de moins de 3 cm, et que l’on utilise de gros greffons, le contact des cambiums n’est pas bon et la reprise plus aléatoire. Mais ça peut fonctionner ! (photo de gauche, avec un seul greffon).
On va être tenté, pour ne pas trop soulever l’écorce, pour un meilleur contact des cambiums, d’utiliser des petits greffons… qui se dessèchent plus vite, d’où des risques d’échec (photo de droite, deux greffons fins, prélevés en bout de baguette).
Sur ces petits diamètres, la fente est préférable (avec de beaux greffons !).


En pratique, on fait du très bon travail sur des porte-greffe de 3 et 5 cm, avec 2, 3 ou 4 greffons. La cicatrisation englobera rapidement toute la coupe.
Au gauche, figuier avant attachage.
A droite, châtaignier (un seul bourgeon par greffon, car il me manquait des pousses donneur de greffons; et si un seul bourgeon, je le mets à l’intérieur, la pousse part vers l’intérieur, plus solide).


Il est possible de greffer sur des diamètres bien supérieurs.
Mais de nombreuses années sont nécessaires pour que le bourrelet cicatriciel englobe toute la coupe (et donc pour que la greffe soit solide).
Et nous verrons qu’il est toujours préférable de ne former l’arbre qu’à partir d’un seul greffon : on pose donc de nombreux greffons pour les couper au fur et à mesure des années suivantes (sauf un !).
Et aussi, plus on greffe sur de gros diamètres (plus de 10 cm), plus le risque d’écoulement de sève est élevé. Ce qu’il s’est passé dans ce cas (figuier) : la sève a commencé à couler alors que je terminai le greffage, et la reprise a été médiocre.
Quelles espèces peuvent être greffées en couronne ?
Tous les fruits à noyaux et à pépins (je n’ai pas de référence en cognassier).
Notons que le pêcher, qui se greffe difficilement en fente, se greffe en couronne.
Le châtaignier (de nos jours, greffé essentiellement en couronne),
Je n’ai pas d’expérience en noyer. De source fiable, la couronne se pratique début mai, au déploiement des feuilles.
Figuier et kiwi, lorsqu’il n’y a plus d’écoulement de sève, ou que celui-ci ralentit (mai / juin / juilllet).
Quand couper le porte-greffe ?
Le porte-greffe peut être coupé le jour du greffage. Mais, ce faisant on affaiblit le porte-greffe (c’est l’équivalent d’une taille en vert, puisque le végétal est en début de végétation). Cet affaiblissement sera d’autant plus important et préjudiciable à la reprise puis au bon développent des greffes que le diamètre du porte-greffe est important.
Il est donc préférable de couper le porte-greffe en plein repos végétatif. La coupe sera réalisée 10 à 20 cm au-dessus de l’emplacement prévu pour la greffe et la coupe définitive sera faite le jour du greffage (la tronçonneuse convient).
La hauteur de la coupe (et donc de la future couronne) est fonction de la hauteur du tronc souhaité et de deux aspects que nous allons maintenant aborder : les tire-sève et le risque d’écoulement de sève.
Les tire-sève : souvent utiles en couronne

Lorsque l’on greffe sur de gros diamètres (comme ici, surgreffage d’un pommier, photo de gauche le jour du greffage), et qu’on ne laisse pas de tire-sève, l’opération est tellement traumatisante que la greffe peut ne pas prendre. L’arbre peut même dépérir.
C’est le cas de ce pommier. Sur la photo de droite, quelques semaines après greffage, les greffons ont débourré mais sont de couleur chlorotique. Ils ont arrêté leur croissance et vont se dessécher. L’arbre va mourir ou peut-être repartir sur quelques rejets au collet.


Sur ce pommier, un tire-sève (une branche fruitière fleurie) a été conservée sous la greffe. L’arbre a pu faire de la photosynthèse (et même des fruits !).
Quelques semaines après greffage, les greffons ont une pousse active.

Chaque fois que cela est possible, et surtout pour les porte-greffe de fort diamètre, un (des) tire-sève (s) sera (seront) conservé (s).
Le tire-sève ne doit pas être une branche érigée, plus haute que le point de greffe : elle détournerait la sève au détriment du développement des greffons. Si tel est le cas, elle sera taillée, ou arquée vers le sol à l’aide d’une ficelle.

Pour aller plus loin : nous venons de voir que le tire-sève ne doit jamais être plus haut que la greffe. Voici pourtant un contre-exemple !
Sur ce pommier, l’arboriculteur désirant greffer bas, mais n’ayant pas de branche sous la zone souhaitée de greffage, a fait une découpe à mi-bois sous la branche tire-sève et a greffé a cet emplacement.


Quelques semaines après greffage, la reprise des greffons est bonne, avec une pousse active. La branche tire-sève (dont on aperçoit le feuillage en bas à droite) a fait son office.
Toutes les repousses au-dessus de la greffe (sur le tronc ou sur la branche tire-sève) ont été supprimées (dans le cas contraire, les greffons ne se seraient pas ou peu développés).
L’hiver suivant, le tronc va être coupé au niveau supérieur du scotch.

Dans cet autre verger de pommier, la quasi-totalité des arbres ont été greffés selon cette technique un peu particulière.
On ne voit pas de scotch, car les greffons ont été cloués, puis mastiqués avec du mastic à chaud « Marbella ».
Les écoulements de sève : comment les gérer ?
Comme déjà dit, les écoulements de sève sont toujours préjudiciables à la reprise des greffons, car la sève, contenue par le mastic, va s’infiltrer entre le greffon et le porte-greffe et donc nuire à l’union des bourrelets cicatriciels formés par les cambiums.
Pour limiter le risque d’écoulement (et, s’il y en a, sa quantité et sa durée) :
– Préférer les petits et moyens porte-greffe aux gros,
– Ne pas greffer au ras du sol de gros porte-greffe, mais à 1 m ou plus,
– Rabattre le porte-greffe en plein repos végétatif puis le recouper de 1 à 2 cm à l’époque propice au greffage. Sans écoulement de sève après quelques heures, greffer. Dans la négative, observer après une (quelques journées) ; si l’écoulement a cessé, greffer (sans rafraîchir la coupe), sinon, attendre quelques semaines encore, rafraichir à nouveau la coupe de 1 à 2 cm.
– Pour les espèces émettant beaucoup de sève (kiwi, figuier), il est préférable de ne pas essayer de greffer en montée de sève : attendre la fin de l’écoulement de sève, ou son ralentissement (mai / juin / juillet).
Le prélèvement et la conservation des greffons
Les greffons sont prélevés en plein repos végétatif.
Comme pour la fente, la pousse sur laquelle seront prélevés les greffons est une pousse de l’année vigoureuse.
La meilleure conservation est obtenue dans un réfrigérateur.
Mettre les greffons dans un sac plastique (sac poubelle) bien fermé. L’extrémité de la baguette, souple et fine, qui ne sera pas utilisée peut être coupée. Par contre, éviter de couper la baguette en tronçons (si nécessaire, enlever des étagères dans le réfrigérateur). Ne pas mettre d’eau dans le sac plastique, ne pas entourer les greffons d’un chiffon humide.
2 à 5°C. Si le réfrigérateur ne contient que les greffons, mettre quelques bouteilles plastique remplies d’eau (et fermées) : elles limiteront les variations de température. Si le réfrigérateur givre, s’il passe en température négative : remonter le thermostat et attendre quelques jours.
La taille des greffons en biseau simple

Pour un droitier : pousse dans la main droite, pouce dirigé vers la base de la baguette (on commence à tailler les greffons par la base).

Pouce gauche sous le bourgeon « du bas ».
Pouce droit contre la baguette, qu’il maintient. Il se déplace en même temps que le greffoir.
C’est ce pouce droit qui, en fin de coupe, se fait parfois blesser par le greffoir. Il est bien de mettre un gant, ou de protéger son extrémité avec un sparadrap.

Le biseau, incurvé dans sa partie haute pour enlever de l’épaisseur, ne peut pas être taillé en une seule fois. Des coupes successives vont être réalisées.

La forme incurvée dans le haut du biseau est bien observable.
Un greffoir à lame étroite rendra la tâche plus facile.

Le biseau est terminé.
La pousse est retournée et un biseau court est taillé de l’autre côté.

Ce second biseau facilitera la descente du greffon sous l’écorce.

Puis le greffon est taillé à deux bourgeons.

Voici un greffon terminé, avec un biseau d’environ 3 cm, ce qui est un minimum (figuier).

Et un autre greffon d’une dizaine de cm (châtaignier)

Une fois taillés, les greffons sont mis dans de l’eau, où ils resteront en très bon état de conservation durant quelques heures.
Les greffons étant prêts, la pose des greffons sera rapide, limitant le risque d’oxydation des cambiums.
La pose des greffons

La pose des greffons en couronne ne présente aucune difficulté : les deux lignes de cambium sur le biseau du greffon seront toujours en contact avec le plan de cambium qui est dégagé en soulevant l’écorce.
Avec le greffoir, fendre verticalement l’écorce jusqu’au bois, sur une longueur voisine à celle du biseau (elle peut être un peu plus courte, éventuellement un peu plus longue).
Puis effectuer avec le greffoir un mouvement de rotation, pour soulever l’écorce d’un seul côté.
L’écorce est toujours soulevée du même côté afin qu’en scotchant l’écorce soit bien plaquée contre le greffon (ici, mouvement de la main qui visse – sens horaire).
Le greffon est glissé sous l’écorce soulevé, et il est plaqué contre l’écorce qui ne l’est pas.
Deux greffons successifs ne doivent pas être trop proches, sinon l’écorce va se décoller entre les deux greffons.
Dans notre cas (figuier), les greffons pourraient être un peu plus proches ! Plus on en met et mieux c’est (plus de chance de reprise, meilleure cicatrisation).
L’attachage et le masticage

L’attachage se fait en général avec du scotch large.
Faire un tour mort en dessous des greffons pour assurer une bonne étanchéité.
Photo de droite : échec à la reprise du greffon dont l’entaille n’a pas été scotchée (ça ne pardonne pas, l’air – l’oxygène – est un grand ennemi du cambium, et donc des greffes).


On continue d’attacher en remontant.
Le sens d’attachage est fonction du soulèvement des écorces.
Le scotch est tendue à la limite de la rupture. Se munir d’un scotch de qualité, à la fois souple et résistant.
On évite les scotchs noirs, ou de couleur foncée, pour éviter des risques de brûlure (mais il n’a jamais été montré que cela était justifié).
On voit que la partie supérieure de la coupe du biseau, plus large, n’a pas été glissée sous l’écorce.

Le scotch transparent est intéressant dans les bois, là où peuvent passer des promeneurs. Il n’attire pas l’attention et évite d’avoir des greffons « tripotés », la plupart du temps sans malveillance.
A droite, sur un sujet plus petit, irrégulier, du scotch plus étroit (scotch électricien) a été utilisé pour serrer plus fortement.


Nombreux mastics à greffer : Pelleton, Marbella à froid (et à chaud, pour les gros chantiers), Phytopast… Ce dernier est utilisé ici. Facile d’emploi. S’il pleut avant qu’il ne soit sec, il est dilué (donc ne pas l’utiliser si de la pluie est annoncée dans les 12 heures).
Commencer par mastiquer le haut des greffons (pour être sûr de na pas oublier !), puis leur base (bien faire le tour, ne pas oublier la partie haute de la coupe du biseau).
Une pousse taillée en biseau convient bien pour appliquer le Phytopast, le Pelleton ou le Marbella à froid (le Marbella à chaud est appliqué au pinceau).

On mastique abondamment le haut du greffon et sa base. Par contre, on en met juste un peu au milieu, sur le bois ; et il est même possible de ne pas en mettre du tout ! (photo de droite).

Quand sait-on que la greffe a pris ?

Si le gonflement du bourgeon (photo de gauche), ou le débourrement (à droite) sont de bon augure, on est certain de la reprise que lorsque le jeune pousse s’allonge.

Le suivi du chantier de greffage
Tout ce qui a été dit à ce propos pour la greffe en fente reste vrai pour la greffe en couronne. VOIR ICI
Quelques remarques concernant la couronne :
Les greffes sont particulièrement sensibles à la casse :
Les greffons sont « collés » contre le bois. Les greffes sont donc sensibles à la casse, et ce parfois durant plusieurs années (plus on greffe sur de gros diamètres, plus la cicatrisation est longue).
1) En cours de première saison, si nécessaire, tuteurer les greffes. On peut aussi les attacher entre elles avec un lien souple (les greffes cassent toujours « vers l’extérieur »).

Parfois, la vigueur est très importante. C’est le cas ici pour ce châtaignier greffé en couronne. Des anticipées ont été émises (flèches rouges). Pour limiter la croissance en hauteur et donc la prise au vent, l’extrémité de la pousse a été pincée (flèche blanche). Ce pincement va induire une croissance vigoureuse des anticipées qui vont être elles-mêmes pincées.
Pour aller plus loin : lorsqu’une pousse de châtaignier est très vigoureuse, elle est emplie de pucerons (présents, mais non visibles sur la photo). Mais ils n’entravent pas la pousse et ne recroquevillent pas les feuilles. Inutile donc de les « traiter », ou d’empêcher les fourmis de les transporter à l’aide de glu.
2) En fin d’été / automne, lorsqu’on enlève le scotch, si les greffes paraissent fragiles, on remplace le scotch par un lien souple (qui n’a pas, lui, l’inconvénient de maintenir l’humidité et de favoriser le départ de chancres).
Ne former l’arbre qu’à partir d’un seul greffon.
Si tous les greffons démarrent correctement, les branches qui en sont issues préfigurent à merveille les charpentières de l’arbre.
Il est donc très tentant de suivre cette proposition de l’arbre.
Mais les branches issues de plusieurs greffons ne sont jamais correctement soudées entre elles et l’une d’elle – ou plusieurs – peuvent se déchirer au niveau du point de greffe, et ceci parfois de nombreuses années après le greffage.
Pour éviter de perdre un arbre, il est donc conseillé de le former qu’à partir d’un seul greffon :
1) L’hiver après greffage :
– tailler plus long (à 5 bourgeons, par exemple) la greffe la mieux développée,
– tailler plus cours (à 2 yeux par exemple), les greffes moins développées.
La greffe taillée plus long (et donc recoupée plus haut) va se développer plus que les autres. Celles-ci ont une double fonction : premièrement, assurer la cicatrisation sur le pourtour de la greffe ; deuxièmement, remplacer la greffe principale si elle venait à casser.
2) Les hivers suivants : supprimer petit à petit les greffes en surnombre, lorsqu’elles ont permis la formation d’un bourrelet cicatriciel.