L’ECUSSON à oeil dormant

Pourquoi « Ecusson » ?

« Ecusson » vient de « Ecu » qui, au moyen-âge, désignait un bouclier.
Celui-ci est un peu allongé !
« Ecusson » désigne à la fois la technique de greffage et le greffon constitué d’un petit bout d’écorce.

Quand ?

Lorsque la pousse du porte-greffe ralentit, ou lorsqu’elle vient de s’arrêter, mais que le végétal est encore bien en sève.
En entend parfois « L’écusson à oeil dormant, c’est au mois d’août« .
Ce peut l’être, mais pas toujours !
C’est l’observation du végétal qui indique la bonne période :
– fin juin pour des portes-greffes non irrigués qui arrêtent déjà leur croissance,
– à début octobre, pour des des porte-greffes vigoureux, en pépinière, qui n’arrêtent leur croissance que tardivement.

Trop tard
L’écorce du porte-greffe se décolle pas, ou mal ; la greffe n’est pas réalisable.
Etre particulièrement vigilant avec les porte-greffe non irrigués : on passe vite de « je pousse encore » à  » je ne pousse plus et je ne suis même plus en sève« .

Trop tôt
Soit l’écusson va être recouvert par le bourrelet cicatriciel formé par le porte-greffe encore en croissance active : le bourgeon de l’écusson ne pourra pas débourrer au printemps suivant,
Soit l’écusson, bien alimenté, va démarrer, mais tardivement, générant une pousse chétive et fragile.

Sur quels types de porte-greffe ?

Dans la très grande majorité des cas, sur une pousse de l’année.
Pour que la pose de l’écusson soit aisée, pousse de 60 cm au minimum, 7 à 15 mm de diamètre à sa base (photo de gauche, pêcher).
Ce peut être un gourmand (photo de droite, environ 3 cm, pêcher).

Il est techniquement possible de greffer sur des pousses de l’année précédente, voire encore sur celle d’avant.
Cela se fait, par exemple, en sur-greffage du pêcher, afin de pouvoir greffer plus près du tronc, plus bas et donc d’obtenir un gobelet bas.

Lorsqu’on s’initie à la greffe en écusson à oeil dormant, le faire toujours sur une pousse de l’année.

Le porte-greffe peut être un plant de l’année (c’est le cas en pépinière), ou un plant âgé de quelques années, dont on greffera une ou plusieurs pousses (chaque pousse greffée pouvant devenir une charpentière).
Sur les arbres plus âgés, on préfère la fente ou la couronne, mieux adaptés.

Quelles espèces peuvent être greffées en écusson ?

Les fruits à noyaux et à pépins qui en pépinière, sont très majoritairement greffés en écusson.
Rappelons que le pêcher – qui se greffe mal en fente – se greffe par contre très bien en écusson. Sur cette espèce, le greffage est possible sur des pousses de l’année précédente, voire plus âgées.

Le châtaignier. Mais sur cette espèce, la fenêtre de greffage est étroite : on passe vite de « trop en sève » à « pas assez en sève ». On pourra, une année, avoir une très bonne réussite et, la saison suivante, à la même époque, un échec total. On préfère donc la couronne, sur de petits diamètres, ou la fente.

Le figuier (d’après des sources fiables, je n’ai pratiqué sur cette espèce que la fente et la couronne).

Kiwi et vigne : l’écusson est possible mais peu pratiqué car, sur ces deux espèces, le bourgeon est situé sur une protubérance rendant le prélèvement de l’écusson difficile. On préfère le chip-budding, la cadilhac, la fente.

Je n’ai quasi pas pratiqué le greffage sur noyer. La littérature ne mentionne pas le greffage en écusson sur cette espèce et c’est donc peut-être l’une des rares espèces à ne pas se greffer – ou difficilement – en écusson.

La préparation du greffage

Elle se réalise le jour même du greffage et se limite à un nettoyage autour de la pousse (des pousses) qui va (vont) être greffée (s) : suppression des pousses et des feuilles qui gêneraient la pose de l’écusson et son attachage.

Le prélèvement de la pousse donneur d’écussons

La pousse donneur d’écussons est toujours une pousse de l’année, idéalement de bonne vigueur (une soixantaine de cm au minimum), mais parfois, par nécessité, plus courte.
Ce peut être une pousse en croissance et dans ce cas on ne gardera pas l’extrémité de la pousse, insuffisamment aoûtée.
Ou ce peut être une pousse qui a arrêté sa croissance et alors, avant de la prélever, on s’assurera que l’écorce se décolle bien (décollement franc et aisé, aspect brillant du cambium). Si le décollement n’est pas aisé, un arrosage abondant, la veille du prélèvement, pourra permettre de restaurer un état plus favorable.

Le prélèvement se fait le jour même du greffage.
La pousse est immédiatement effeuillée en coupant les pétioles à 1 ou 2 cm. Si on ne prend pas cette précaution, la feuille va déshydrater la pousse, rendant le décollement de l’écusson impossible.
L’extrémité de la pousse, trop fine ou pas suffisamment aoûtée, est supprimée.
Conservation de quelques heures dans du papier journal.
Si nécessaire, conservation durant quelques jours, au frais, pousses verticales, leur base trempant de quelques cm dans de l’eau.

Le prélèvement de l’écusson

Tout ce qui va être dit concerne l’écusson déboisé. Le greffeur ne va prélever qu’un bout d’écorce avec en son centre un ou plusieurs bourgeons.

Pour aller plus loin : il est possible de greffer avec un écusson non déboisé : le greffeur va prélever, en même temps que l’écorce, une fine lamelle de bois. Le geste est plus technique et il est donc préférable d’utiliser l’écusson déboisé.

S’assurer qu’il y a bien un bourgeon végétatif à l’emplacement où l’on va prélever.
Etre particulièrement vigilant en :
– cerisier qui porte parfois, à la base des pousses de vigueur moyenne des bourgeons floraux « tout seul » (non associé à un bourgeon végétatif). Comme, à cette époque de l’année, la distinction « bourgeon végétatif » / « bourgeon floral » n’est pas facile, mieux vaut ne pas prélever les 4 bourgeons situés à la base de la pousse.
– pommier et poirier avec présence possible de bourgeons floraux « tout seul » sur toute la longueur de la pousse. Là encore, la distinction n’est pas aisée. Prélever les bourgeons les plus petits, qui ont une plus grande probabilité d’être végétatifs.

Pour aller plus loin : il y a fréquemment un ou plusieurs bourgeons floraux associés au bourgeon végétatif.
C’est le cas dans cet exemple ci-après de greffage de pêcher : le bourgeon végétatif, tout petit, pas facilement visible, est fréquemment encadré par deux bourgeons floraux, plus gros.

Le prélèvement de l’écusson déboisé ne présente aucune difficulté. A défaut de greffoir, un cutter convient tout à fait.
Commencer à prélever par l’extrémité de la pousse.
Pour un droitier : index gauche sous le bourgeon qui va être prélevé, extrémité de la baguette vers soi.
La coupe débute 5 mm à 1 cm sous le pétiole.
La lame entre dans le bois, puis remonte.

La lame passe sous le bourgeon (c’est un peu plus dur, car c’est un noeud).
Puis elle continue à remonter (et là, c’est facile, car il suffit de suivre la fibre du bois).

Puis l’écorce est coupée environ 1 cm au-dessus du bourgeon.
Lame fermement appuyée, mouvement circulaire d’un côté à l’autre.

L’écorce est décollée sous le bourgeon, par une pression de l’écusson entre le pouce et l’index.

Puis même geste, cette fois au-dessus du bourgeon.
Et, sans modifier la tenue de l’écusson, celui-ci est poussé vers le bas, pour le décoller du bois.

Et voici l’écusson !

Cet écusson, que l’on revoit sur la photo de gauche, ne présente pas de cavité à l’emplacement du bourgeon : il n’est pas évidé.

Sur la photo de droite, la moëlle au niveau du bourgeon est restée sur le bois : l’écusson est évidé.

C’est pour ne pas évider l’écusson que l’on a fait pression sous puis au-dessus du bourgeon, mais pas au niveau du bourgeon lui-même.

Bien qu’il semble que cela ne soit pas déterminant sur la reprise (la moëlle est un tissu de remplissage), il est préférable d’employer des écussons non évidés.

Une fois prélevé, l’écusson peut être mis entre les lèvres pour ne pas qu’il se dessèche, s’oxyde.
Mais nous allons voir qu’il est possible de réduire ce temps d’attente entre le prélèvement et la pose.

La pose de l’écusson

L’écusson est posé à la base de la pousse, sur une zone préalablement dégagée.
L’écorce est coupée transversalement sur environ la moitié du diamètre.
Mouvement de rotation, greffoir fermement appuyé.

Puis l’écorce est fendue longitudinalement, de bas en haut, sur une longueur un peu supérieure à celle de l’écusson (ici, 3 cm environ).
La lame remonte jusqu’à la coupe transversale, ou même légèrement au-dessus (de quelques mm).
Ces deux fentes dessinent un T

Puis l’écorce est soulevée d’un côté, puis de l’autre.
Veiller à ne pas abimer le cambium côté bois. Le frotter le moins possible.
Ici, l’écorce est soulevée avec le dos de la lame, limée pour en faire une spatule.
Pour quelques greffes, l’ongle du pouce va très bien !

A ce stade, une petite astuce qui n’apparaît pas sur ces photos :
Avant de prélever l’écusson :
– faire la fente en T,
– avec l’ongle, s’assurer que l’écorce est bien coupée, qu’elle se soulève aisément, mais la soulever le moins possible,
– puis la replaquer avec le doigt.

Lorsque l’écusson est prélevé, le mettre entre les lèvres, terminer de soulever l’écorce et poser l’écusson qui n’aura pas eu le temps de s’abimer.

Puis l’écusson est glissé sous l’écorce.
On l’aide à descendre avec l’ongle.
Techniquement, c’est immanquable : deux plans de cambiums ne peuvent qu’être ajustés !

Sur la photo de droite, on distingue bien le bourgeon végétatif (plus petit et plus sombre) entre deux bourgeons floraux.

Pour aller plus loin : que faire des bourgeons floraux souvent associés à un bourgeon à bois, comme sur la photo précédente ?
S’ils fleurissent, il faudra les supprimer dès qu’ils auront bien grossi (ils cassent facilement avec le doigt), car :
– s’ils fleurissent, ils seront une porte d’entrée pour des champignons pouvant détruire la greffe (en particulier, monilia sur les fruits à noyaux),
– si des fruits se forment, ils vont consommer de l’énergie (les fruits sont des puits d’énergie) au détriment du développement de la greffe.

Il est fréquent que l’écusson ne soit pas inséré totalement sous l’écorce, qu’une languette dépasse au-dessus de la coupe transversale (la barre du T).
Dans ce cas, ou la recoupe (photo de gauche).

Puis on plaque l’écusson, en appuyant sous le bourgeon et en rabattant les écorces.
Prendre le temps d’ajuster le greffon, de le sentir bien plaqué contre le bois.

L’attachage

L’attachage se fait dès la pose de l’écusson terminée.
Commencer par le bas.
Faire un tour mort pour coincer l’extrémité du lien.
Veiller à recouvrir le bas de la fente, même si les écorces n’ont pas été soulevées.
Attacher en montant, en tendant fermement le lien.

Passer sous les pétioles, puis au-dessus des bourgeons.

Passer à nouveau sous les pétioles puis remonter au-dessus des bourgeons.

Continuer l’attachage jusqu’en haut, en veillant bien (comme en bas), à recouvrir la partie supérieure de la coupe.

Pour terminer l’attachage, passer l’extrémité du lien sous la dernière spirale.

Une fois le premier écusson attaché, il est possible et souhaitable d’en poser un second, quelques cm plus haut, et à l’opposé :
– Si l’un ne démarre pas, l’autre le fera peut-être,
– Si les deux démarrent, il est tentant de les conserver pour former deux charpentières. Mais c’est en général une mauvaise idée, car les angles sont trop fermés. Lorsque la reprise est assurée, que les greffes sont solides, mieux vaut n’en conserver qu’un seul (en général celui du bas).

Dans l’exemple ci-dessus, l’attachage a été réalisé avec des bandes à greffer en cellophane (parfois appelées « cellogreffe »), que l’on trempe dans l’eau avant utilisation. Les pépiniéristes attachent préférentiellement avec ce matériel, que l’on peut acheter (par 1 000) en magasin spécialisé ou en ligne.
Pour réaliser quelques greffes en écusson, le jardinier emploiera :
– du raphia, naturel (à tremper dans l’eau), ou synthétique,
– de la laine. C’est plus long, car il faut faire des spires bien jointives, donc nombreuses (faire une petite pelote afin d’avoir en main un brin assez long),
– un élastique de bureau (2 mm de large pour greffer sur une petite pousse, 4 mm pour une pousse plus forte ; couper le bracelet pour avoir un seul brin).

Quand sait-on que la greffe a pris ?

Une quinzaine de jours après greffage, appuyer sur le pétiole avec le doigt.
Si, comme ici, il tombe, c’est bon signe !

S’il ne tombe pas, c’est qu’il n’y a pas eu abscission à la base du pétiole, comme cela se produit à l’automne avant que les feuilles ne tombent.
Et pour qu’il y ait abscission, il faut des tissus vivants, donc un écusson bien alimenté, « soudé », ou en cours de le devenir.

Ici, attachage avec un élastique de bureau.

En hiver :
Si l’écorce de l’écusson est brillante, les bourgeons d’un bon aspect, la greffe a probablement pris (photo de gauche).
Si l’écusson est sec, la greffe n’a pas pris (photo de droite).

Ne condamnez pas les écussons « entre deux » et attendez le débourrement : on a parfois de bonnes surprises !

Verdict au printemps.

Comme pour toutes les greffes, le débourrement n’est pas un signe de reprise. Attendre pour cela le démarrage d’une pousse active, en train de se produire sur cet écusson d’abricotier.

Le suivi du chantier de greffage

Après greffage :
Si le lien étrangle le porte-greffe, le couper (sur le côté, ou au dos de la pousse). Il n’est pas nécessaire de l’enlever, le couper est suffisant.
Etre particulièrement vigilant avec les lien fins et peu extensibles (laine).

L’ hiver après greffage :
Recouper la pousse :
– un à deux cm au-dessus de l’écusson,
– ou, de préférence, une vingtaine de cm au-dessus, ce qui permettra d’attacher la pousse.

En montée de sève :
Si nécessaire, mettre de la glu (voir greffe en fente).

Au départ de végétation :
Ebourgeonner avec soin (plusieurs passages sont nécessaires) sous la greffe ainsi que l’onglet qui a pu être conservé pour l’attachage de la pousse.

Lorsque la pousse fait une vingtaine de cm, l’attacher sur l’onglet avec un lien souple.

L’onglet sera recoupé l’hiver suivant au niveau de la flèche rouge.

L’hiver après la pousse de la greffe :
Si deux écussons avaient été posés, et que les deux ont poussé, il est en général préférable de n’en conserver qu’un seul (le plus bas, s’il est bien développé).
La pousse issue de la greffe est recoupée (ou non) en fonction de la hauteur du tronc et de la forme souhaités.