La fente, ça ressemble à quoi ?

A ça !
Un greffon avec un biseau long posé sur un porte-greffe fendu dans le sens du bois.
La greffe en fente est une greffe de paysan.
Au sens premier du terme : l’homme (ou la femme) du pays et du paysage qui, en fin d’hiver, armé d’un couteau, de raphia et d’un peu de mastic allait (va encore parfois) prélever un rameau de Burlat, de Reine des Reinette, de Mirabelle ou de Comballe pour le greffer sur un « sauvageon ».
Quand ?
1) En fin d’hiver, au tout début de la montée de sève.
C’est la pratique la plus courante et la mieux adaptée : prélever le greffon et à réaliser le greffage le même jour (avantage : pas de conservation de greffons).
Comme l’on doit toujours utiliser des greffons en repos végétatif, le greffage sera réalisé aux premiers signes de montée de sève de l’espèce considérée (gonflement des bourgeons à fleur, du bourgeon terminal) ; ou même un peu avant, en sachant que la « fenêtre » de greffage est large : plusieurs semaines pour chaque espèce. La greffe en fente « prend » doucement, elle sait attendre et n’est pas trop sensible aux arrêts de sève liés au retour du froid, voire du gel !
En zone de plaine, si l’on greffe l’amandier en janvier, les autres espèces à noyaux et les espèces à pépins en fin janvier / février on est généralement dans le bon créneau !
2) En pleine montée de sève, au débourrement.
On peut parfois être amené à greffer en fente plus tard, en pleine montée de sève, soit pour des contraintes de calendrier (on est pas là en janvier / février et on ne pourra donc greffer qu’en mars / avril), soit pour des raisons sanitaires : c’est le cas du châtaignier où, pour limiter les risques de chancres à endothia, on préfère greffer en fente tardivement (au débourrement). Dans ce cas, les greffons seront prélevés en plein repos végétatif et mis au froid. La greffe sera rendue plus compliquée par le décollement de l’écorce du porte-greffe (préjudiciable à la reprise) qu’il faut éviter. Pour cela, lorsqu’on fend le porte-greffe – et plus encore lorsqu’on retire le couteau – le faire avec délicatesse. Si l’écorce se décolle, la plaquer tout de suite et ne pas tarder pour greffer / attacher / mastiquer. Mêmes précautions lors de la pose des greffons.
Sur des porte-greffe de quel diamètre ?

Soit comme sur la photo de gauche : un porte-greffe plus gros que le greffon, mais pas assez pour mettre deux greffons (ici, environ 2 cm de diamètre)
Soit comme sur la photo de droite : suffisamment de place pour deux greffons (environ 3 cm).


On peut également greffer sur un porte-greffe qui a exactement le même diamètre que le greffon. Il y aura ainsi « soudure » des deux côté de la fente : la probabilité de reprise est supérieure et la cicatrisation est meilleure.
Pour cela, il faut disposer de plusieurs greffons afin de trouver celui qui correspond au mieux : d’où l’intérêt de les couper à l’avance et de les mettre dans de l’eau.


Il est techniquement possible…


… avec du matériel adapté, de greffer sur des sujets plus gros (ici, environ 8 à 10 cm de diamètre).
Mais il est alors préférable de greffer en couronne : 6 à 8 greffons pourront être posés ; la probabilité de reprise sera améliorée, l’arbre va mieux fonctionner (plus de greffons donc plus de photosynthèse), et la cicatrisation du porte-greffe sera bien meilleure.

En conclusion : la greffe en fente est bien adaptée jusqu’à des diamètres de porte-greffe de 4 cm. Au-delà, préférer la greffe en couronne (ou en anglaise) qui permet de poser plus de greffons.
Quelles espèces peuvent être greffées en fente ?
Le CERISIER, L’ ABRICOTIER, le PRUNIER et l’AMANDIER se greffent facilement en fente.
Le PECHER se greffe difficilement en fente (j’en ignore la raison !).
Le POMMIER et le POIRIER se greffent très facilement en fente. Le pommier en particulier, convient bien pour s’initier au greffage en fente.
Le jardinier bouture le COGNASSIER plus qu’il ne le greffe. Je manque de références en greffage en fente.
Le CHATAIGNIER peut se greffer en fente. Pour limiter les risques de chancres à endothia (encore appelé cryphonectria), on préfère un greffage tardif, au débourrement.
Le FIGUIER se multiplie par bouturage. Ou souhaite parfois surgreffer un figuier. La fente n’est pas conseillée.
Je manque de référence en greffage du NOYER. Il est parfois conseillé de le greffer en fente terminale.
J’ai greffé sans difficulté le JUJUBIER, bien que son bois soit « raide » et donc l’ajustement du greffon difficile. J’avais greffé à deux époques : 28 février (repos végétatif) puis 20 avril (gonflement du bourgeon sur le porte-greffe). Toutes ont pris. Celles réalisées le 28 février ont démarré plus tôt et ont mieux poussé.
J’ai greffé une seule fois le PLAQUEMINIER en fente. Le 18 février, en plein repos végétatif, deux greffons sur une fente. Les bourgeons n’ont débourré que très tardivement (courant mai) suite à quoi les deux greffons ont bien poussé.
Le rabattage du porte-greffe
Le rabattage du porte-greffe peut se faire :
– Le jour du greffage,
– Plusieurs jours ou semaines avant :
a) on fragmente la réflexion et le travail, ce qui est intéressant lorsqu’on débute,
b) si le greffage est réalisé en pleine montée de sève, rabattre le jour du greffage provoque un arrêt de sève préjudiciable à la reprise ; il est donc préférable de rabattre en plein repos végétatif. Le jour du greffage, il suffira de rafraîchir la coupe en recoupant quelques centimètres plus bas.
Le rabattage se fait au-dessus d’une zone lisse, régulière, ce qui favorisera la pose du (des) greffon.
Il peut se faire à toute hauteur, selon le tronc désiré.
Lorsqu’on débute dans le greffage, greffer à la hauteur de la main qui travaille (environ 120 cm) procure de l’aisance.
Tire-sève : quand faut-il en laisser, et pourquoi ?

Lorsqu’on greffe en fente sur de gros diamètres (ici, merisier greffé en Burlat ; deux branches de 5 cm de diamètre, la troisième de 7 cm) et qu’il n’y a pas de branches sous la greffe (ou qu’on les coupe), les risques sont multiples :
– L’arbre a subi une intervention tellement sévère qu’il peut en mourir, ou être tellement perturbé que les greffes ne prendront pas, ou mal,
– Les greffes peuvent prendre, mais le potentiel foliaire a été tellement réduit que l’arbre va rester chétif durant plusieurs années,
– Et si les greffes prennent correctement, elles risquent de démarrer très vigoureusement puis d’être envahies de pucerons qui vont bloquer leur croissance.
Dans le cas qui nous intéresse ici, deux branches sous les greffes ont été conservées. Elles vont pleinement jouer leur rôle de tire-sève, faire de la photosynthèse, réguler le fonctionnement de l’arbre.
Malgré leur présence, les greffons démarrent fort et le risque qu’ils soient envahis de pucerons noir (qui bloqueraient la pousse pour toute la saison) est réel. Aussi, de la glu a été mise sous les trois greffes (sur du scotch papier, pour que l’écorce ne soit pas abimée). La glu ne va pas garantir l’absence de pucerons noir, mais, s’ils sont présents, va en limiter l’élevage par les fourmis.
En conclusion :
– Lorsqu’on greffe sur des sujets de moins de 2 à 3 cm de diamètre, les repousses sur le porte-greffe seront suffisantes pour jouer ce rôle de tire-sève (on en reparle au paragraphe « le suivi du greffage »),
– Lorsqu’on greffe sur des sujets de plus de 3 cm de diamètre, il est toujours souhaitable de conserver des rameaux / branches sous la greffe.
S’il n’y en pas :
Greffer le plus de branches possible,
Greffer tôt, en repos végétatif, pour que les greffons débourrent précocement et fassent eux-mêmes office de tire-sève,
Conserver les repousses sur le tronc ou à sa base, tout en les gérant (voir plus loin),
Mettre de la glu, surveiller les pucerons, traiter si nécessaire.
La taille des greffons en biseau double

Les greffons seront prélevés sur une pousse de l’année de bonne vigueur.
L’extrémité de la baguette, qui se plie facilement, ne sera pas utilisée.
Pour aller plus loin : lorsqu’on prélève des greffons sur un vieil arbre, qui pousse peu, il arrive que la pousse de l’année soit trop fine pour y tailler des greffons. On est alors obligé de prélever sur la pousse de l’année précédente, voire sur celle d’avant. On s’assurera qu’il y a bien des bourgeons végétatifs sur les greffons prélevés (parfois des dards, des bouquets de mai).
C’est un pis aller à éviter.


On s’assure qu’il y a bien un bourgeon végétatif à l’emplacement où le greffon va être taillé.
Soit un bourgeon végétatif seul (photo de gauche), soit un bourgeon végétatif associé à un bourgeon floral (photo de gauche).
C’est facile lorsqu’on greffe du prunier, car il est rare qu’il y ait un unique bourgeon floral. Cela arrive plus fréquemment en cerisier (2 ou 3 bourgeons floraux à la base d’une pousse de vigueur moyenne).
En châtaignier, il n’y a pas de bourgeon à l’emplacement d’une fleur, ou d’une bogue.


On commence à tailler les greffons par la base de la baguette.
Pour un droitier, la bonne tenue est celle-ci :
Le pouce de la main gauche est dirigé vers la base de la baguette (un gant permet une meilleure tenue),
Le pouce de la main droite est parallèle au greffoir et se déplace avec lui. Il guide le mouvement et maintient la base de la baguette.
C’est un mouvement lent, dans le contrôle.

Le greffoir est ressorti un peu vite !
(c’est là qu’on s’entaille parfois le pouce droit ! D’où l’intérêt d’un gant, ou d’un sparadrap au bout du pouce).
Mais le biseau est suffisant et la baguette va être retournée…

… et le second biseau est fait de l’autre côté.
On cherche à faire les deux faces du biseau « à peu près parallèles » (on en reparle lors de la pose du greffon).

Voici le biseau obtenu.
Idéalement en deux coups de greffoir, mais il est tout à fait possible de reprendre la coupe en plusieurs fois, à condition qu’il n’y ait pas (pas trop) d’irrégularités, que le biseau soit le plus linéaire possible.
Lorsqu’on débute dans la greffe en fente, il est nécessaire de s’entraîner à tailler des baguettes (éventuellement avec n’importe qu’elle espèce, si on ne dispose pas assez de « baguettes greffons »).

Puis le greffon est taillé en conservant deux bourgeons.

Il est très pratique de mettre les greffons dans de l’eau. Ainsi, après le rabattage et la fente du porte-greffe, les greffons pourront être posés rapidement, limitant les risques d’oxydation du cambium.