La pousse annuelle, base de la structure de l’arbre
Au printemps 2023, un noyau de cerise a germé à côté du compost.
Il a profité du compost, de l’arrosage du jardin et a bien poussé (une quarantaine de cm). Comme il avait sa place, on a fait le choix de le conserver. Il aurait pu être greffé en écusson en juillet / août, mais on a envie de le laisser pousser, de voir « ce qu’il va donner » (il y a parfois des gagnants à la loterie !).
Et pour que la mise à fruit soit précoce, il ne sera pas taillé.
Observons son développement en l’observant en hiver, de décembre 2023 à décembre 2026 :

Sur ce jeune cerisier, il n’y a que des bourgeons végétatifs (ou bourgeon à bois).
Le bourgeon terminal (représenté par un triangle) est le mieux alimenté et, sur un jeune arbre, démarre toujours. Il va pousser dans le prolongement de la pousse précédente.
Les bourgeons en position latérale (représentés par un petit trait) sont nombreux (un à l’aisselle de chaque feuille).

Mais parmi ces nombreux bourgeons en position latérale, seuls quelques-uns, en extrémité de pousse, débourreront.
Leur pousse est le plus souvent de longueur moindre par rapport à celle du bourgeon terminal.
Sur un jeune cerisier vigoureux comme celui-ci, il peut en avoir jusqu’à 4 ou 5 (j’en représente au maximum 2, pour la clarté du schéma). Mais parfois aucun (c’est le cas de la branche en bas à droite).
Il a un air de sapin de noël, mais c’est la réalité d’un jeune cerisier vigoureux et non taillé.
Comment une branche s’allonge t-elle ?
Une branche croît en longueur par les nouvelles pousses produites annuellement.
Schéma (chaque bourgeon donne une pousse linéaire, non ramifiée).
La croissance s’effectue dans l’extrémité non lignifiée du rameau. Dès que la pousse est lignifiée, l’accroissement en longueur n’est plus possible.
Schéma : une branche, deux marques. Plusieurs années après, même distance.
Schéma : un tronc. Idem
Comment un arbre tend-il vers une certaine forme ?
Pourquoi un pommier non taillé va-t-il tendre vers une forme en boule, et le poirier planté à côté vers une forme en pyramide posée sur sa pointe ?
La forme d’un arbre et ses dimensions résultent de l’expression de son génotype (ses gènes) dans un environnement donné.
Le génotype conditionne la longueur de la pousse (plus ou moins longue), l’aptitude à la ramification, l’angle d’insertion des nouvelles pousses, la souplesse du bois, le nombre de fruits et leurs poids (qui vont abaisser plus ou moins les branches)…
L’environnement :
La lumière,
Le climat,
La nutrition minérale et hydrique
La présence de ravageurs. Et, toute son existence, l’arbre va tendre vers cette forme.
Chaque fois que, par la taille, on va réduire l’arbre et l’éloigner de cette forme et de ce volume, celui-ci va réagir et tendre à retrouver ses caractéristiques premières. Il va le faire avec une architecture très différente, mais la forme, elle va être conservée.
Schéma : cerisier non taillé (scion non rabattu), puis taillé en ne conservant que les branches les plus basses.
Et plus on va contraindre l’arbre et plus on va l’éloigner de sa « zone de confort » qui lui permet de produire régulièrement et durablement des fruits de qualité.
C’est pour cette raison que les arboriculteurs apportent la plus grande attention au choix du porte-greffe, des distances de plantation et de la forme fruitière.
L’amateur, lui aussi, veillera à ne pas trop contraindre l’arbre : il pourra lui donner une forme différente de son port naturel, mais sans restreindre excessivement son volume (ou sa surface foliaire).
Tailler, c’est fermer un robinet
En coupant (en hiver) on interrompt la circulation de la sève dans les vaisseaux du bois (au printemps).
La sève qui ne peut plus circuler dans la branche coupée va se reporter sur les branches conservées et, préférentiellement, dans les branches les plus proches de la coupe.
Donc :
Si je veux favoriser les branches basses, je coupe des branches dans le haut.
Si je veux favoriser les branches hautes, je coupe des branches d’en bas.
Si je veux favoriser la partie droite de l’arbre, je coupe des branches situées à gauche de l’arbre.
Si je veux favoriser la partie nord de l’arbre, je coupe des branches situées dans la partie sud de l’arbre.
…
Les erreurs les plus fréquentes concernent la mauvaise compréhension de ce principe.
Dire « couper appelle la sève » est une erreur due à l’illusion de la taille. En effet, des gourmands démarrent fréquemment en dessous de la coupe, mais la sève qui les alimente est très inférieure à celle qui circulerait dans la branche si elle n’avait pas été coupée.
Couper des branches au nord pour appeler la sève au nord et donc favoriser la partie nord de l’arbre est une erreur : c’est bien au sud qu’il faut tailler pour favoriser le nord !
La taille accroit-elle la vigueur ?
Il est souvent dit – ou écrit – que la taille accroît la vigueur. Cette réponse trop générale (et souvent erronée) est due à une illusion d’optique que l’on nomme parfois « l’illusion de la taille ». En effet, lorsqu’on coupe, par exemple, une branche à moitié, un ou plusieurs gourmands pousseront en-dessous de la coupe. L’œil voit ces quelques pousses vigoureuses et les associe à une bonne vigueur générale de l’arbre ; mais il ne voit pas – et pour cause ! – les nombreuses pousses qui auraient pu croître si la branche n’avait pas été coupée.
L’une des erreurs les plus fréquentes du jardinier est de vouloir redonner de la vigueur à un arbre faible par une taille sévère alors que la solution était ailleurs : fertiliser (arroser lorsque c’est possible), effectuer une taille de fructification et, si nécessaire, éclaircir précocement les fruits en surnombre.
Par contre, la taille accentue la vigueur lorsque, par une taille de fructification, l’on supprime de nombreux rameaux chargés de bourgeons à fleur, ne laissant que ceux nécessaire à la fructification de la saison suivante. La surface foliaire est globalement conservée alors que les fleurs et les jeunes fruits seront moins nombreux : l’arbre aura plus d’énergie pour de nouvelles pousses ou pour accroître son système racinaire.
Plus d’explications sur la relation taille / vigueur :
Et tout d’abord, la vigueur, c’est quoi ?
La vigueur s’apprécie visuellement – et subjectivement – par le nombre de pousses et par leur longueur. Plus un arbre est doté de nombreuses pousses longues, plus il sera jugé vigoureux. Un tel arbre aura des feuilles nombreuses, larges et bien vertes, contribuant au ressenti de vigueur.
Théoriquement, il serait possible de quantifier la vigueur en mesurant la longueur de toutes les pousses et en en faisant la somme. Mais il y a sur un arbre adulte plusieurs milliers – ou dizaine de milliers – de pousses, de 3 mm à 3 m.
Bien heureusement, ce travail de titan peut être contourné :
La vigueur, corrélée avec le nombre et la longueur des pousses l’est donc aussi avec le feuillage, et donc avec le flux de sève brute montant des racines vers le feuillage par les vaisseaux du bois. La vigueur peut donc être appréciée objectivement par la mesure des cernes annuelles de croissance. En pratique, on mesure en hiver le diamètre du tronc, et donc sa section. Puis on refait la même mesure l’hiver suivant. Par différence, on calcule la surface, en cm², de la dernière cerne de croissance. Il est alors possible de la comparer à celles des années précédentes ou à celles d’autres arbres ayant eu des modalités de conduite différentes.
Qui dit vigueur dit énergie.
Il y a dans l’arbre des sources d’énergie (le feuillage), et des puits d’énergie (les fruits, le bois des branches et des racines).
Pour un arbre jeune, non encore à fruit : la taille, en diminuant la surface foliaire en début de végétation, diminue la source d’énergie et donc la vigueur de l’arbre.
Comparons maintenant deux arbres en production et identiques.
A nombre de fruits égal l’arbre taillé sera moins vigoureux puisque :
La surface foliaire, et donc la source d’énergie est moindre, le nombre de fruits conservés en été (et donc les puits d’énergie) est identique,
Donc, au final, sur l’arbre taillé, vigueur moindre. Toute la subtilité réside bien sûr dans le « à nombre de fruits égal » ! Car, bien souvent, l’arbre taillé portera moins de fruits que le même arbre non taillé :
– soit parce que c’est une espèce qui ne s’éclaircit pas, un cerisier par exemple,
soit parce que l’on conserve – sur un pêcher par exemple – un certain nombre de fruits par rameaux (et non par arbre) et que donc l’arbre taillé porte au final moins de fruits que celui qui n’a pas été taillé.
Nous y reviendrons espèce par espèce.