10 questions fréquemment posées à propos de la taille

Doit-on toujours tailler un arbre fruitier ?

Non, on n’est jamais obligé de tailler un arbre.

On ne taille pas un arbre parce que son voisin taille, ou parce qu’on nous a dit de le faire : on coupe une branche pour une bonne raison.

Pas de bonne raison ? On laisse alors le sécateur dans la poche.

Est-il possible de ne jamais tailler un arbre ?

Oui, tout à fait. Et c’est même une expérience intéressante, surtout si on l’a débute dès la plantation (ou le greffage). Plus intéressant encore : planter deux arbres identiques, un tailler un et l’autre pas… jusqu’au jour où vous direz, devant l’arbre non taillé :

  • Cette branche plie dangereusement : l’hiver prochain, il va falloir que je la raccourcisse d’un tiers pour la rigidifier,
  • Je n’arrive plus à glisser l’échelle entre les branches pour récolter : je vais quand même faire un peu de ménage !
  • L’an dernier, les fruits étaient très nombreux et minuscules : comme il y a à nouveau beaucoup de bourgeons floraux, je vais raccourcir les rameaux fruitiers.

Parfait : votre arbre est en train de vous apprendre à tailler !

Quand tailler ?

On distingue deux époques de taille :

  1. La taille en repos végétatif, encore appelée taille hivernale, ou taille « en sec » (en sec, car il n’y a pas de sève dans le bois). De la chute des feuilles au début de gonflement des bourgeons. En France métropolitaine, décembre et janvier sont toujours adaptés.
  2. La taille en végétation, encore appelée taille « en vert ». Du débourrement à la chute des feuilles.

    La taille en végétation :

    • est difficile dès qu’il y a du feuillage (on voit moins bien la structure de l’arbre, les branches sont plus lourdes, on abime le feuillage et les fruits…),
    • est affaiblissante lorsque des quantités significatives de végétal sont supprimées,
    • les pincements et l’arrachage des repousses vigoureuses (futurs gourmands) qui démarrent sous une coupe effectuée l’hiver précédent peuvent être réalisés sans risque puisqu’ils suppriment très peu de végétal. Ils sont une bonne occasion de s’intéresser à l’arbre au printemps.

    Le jardinier taillera donc essentiellement en repos végétatif, avec parfois des exceptions pour le kiwi et la vigne, lianes exubérantes qu’il est parfois nécessaire de tailler en vert pour faciliter les interventions ultérieures (récolte, taille en repos végétatif) et, pour la vigne, favoriser l’aération du plant et donc limiter les maladies sur feuilles ou sur grappe.  

    Notons que les rejets à la base de l’arbre sont à supprimer tout au long de l’année (mais ce n’est pas à proprement parler de la taille), idéalement dès qu’ils atteignent 20 cm et en les coupant le plus à ras possible (dégager si nécessaire la base du rejet avec un piochon). Ainsi, les rejets seront de moins en moins nombreux et de moins en moins vigoureux.

    Par la suite, sauf précision contraire, je ne parlerai que de la taille en repos végétatif.

    Un arbre a-t-il mal lorsqu’on le taille ?

    Dépourvu de système nerveux, l’arbre n’a pas mal – au sens où nous l’entendons – lorsqu’on le taille. Heureusement, car sinon, soumis aux gelées hivernales, au soleil brûlant de l’été et au stress hydrique, aux animaux et ravageurs qui l’attaquent en permanence, sa vie serait un enfer.

    Il ne souffre pas lorsqu’on le taille mais, bien sûr, essayons de le traiter avec discernement et respect.

    Peut-on tailler lorsqu’il gèle ?

    Oui, il est possible de tailler, même par fort gel.

    Et si les arboriculteurs disent souvent qu’il ne faut pas tailler lorsqu’il gèle, c’est tout simplement qu’ils préfèrent – bien légitimement – se consacrer à d’autres tâches plus réchauffantes !

    Le jardinier, lui aussi, aura tout intérêt à tailler par temps doux. Il consacrera plus volontiers du temps à l’observation et à la réflexion.

    Pour ceux qui souhaitent aller un peu plus loin : c’est l’eau – et donc la sève – qui est susceptible de geler. Les dégâts de gel peuvent donc advenir si la sève n’est pas encore descendue, ou déjà montée.

    D’où la sensibilité des espèces méditerranéennes (ou exotiques) qui restent toujours en sève.

    Février 1956 est un bel exemple de dégâts de gel : janvier exceptionnellement doux, avec montée de sève (les bourgeons ne gonflent pas, mais la sève est présente dans le vaisseaux du bois) puis, fin janvier, arrivée brusque du froid : le thermomètre passe en quelques heures de + 15 °C à – 15 °C, ne laissant pas le temps à la sève de redescendre (hé oui, la sève peut, en fin d’hiver, faire le yoyo : monter par temps doux puis redescendre par temps froid). D’où des mortalités d’arbres considérables, sur les espèces méditerranéennes comme l’olivier, mais aussi, par exemple sur le châtaignier : les ardéchois qui ont connu cette époque disent qu’ils entendaient les châtaigniers « claquer », suite à quoi ils pouvaient glisser la lame de leur couteau dans la fente provoquée par le gel.

    Pour revenir au risque supposé d’une taille par temps de gel : soit l’arbre n’est pas en sève et il n’y a pas de gel possible ; soit l’arbre est en sève et il pourra y avoir des dégâts de gel (que l’arbre soit taillé ou non). On dit parfois, à tort, que « le gel va entrer par la coupe » : s’il fait – 10°C, il fait de toutes façons également – 10°C dans la branche…

    Doit-on tenir compte de la lune ?

    A  mon avis, non.

    La bonne lune c’est :
    au cours du repos végétatif,
    et lorsque, par un temps clément, vous pourrez prendre le temps d’observer tranquillement vos arbres.

    Par ailleurs, n’ayant aucune expertise en la matière, si vous pensez qu’un calendrier lunaire doit être respecté : bien sûr, faites-le !

    Un peu plus d’explications.

    Tout, dans l’univers, étant relié à tout, la lune est donc bien en lien avec vos arbres.

    Tenir compte de la lune (descendante/montante ? croissante/décroissante ?) pour tailler, présuppose que l’on attend de la « bonne lune » un effet sur la vigueur, la fertilité et la santé de l’arbre. Si ces caractéristiques sont conditionnées par les astres, elles le sont bien plus encore par le climat, le sol, l’alimentation de l’arbre et l’ensemble des interventions que l’arbre a subi. Alors oui, la lune a bien une influence sur l’arbre, mais une influence parmi tellement d’autres que l’on peut raisonnablement ne pas en tenir compte.

    Appuyons-nous sur les enseignements du terrain : le verger d’un arboriculteur, avec ses centaines d’arbres de la même variété, plantés sur le même porte-greffe, à la même date et dans le même sol est bien monotone. Mais il présente l’avantage de pouvoir faire des observations intéressantes. Ainsi, lorsqu’un tel verger commence à être taillé en plein hiver puis que l’arboriculteur passe à d’autres travaux et termine la taille au gonflement du bourgeon, on constate généralement que les arbres taillés tardivement fleurissent deux ou trois jours après ceux taillés plus précocement, à cause de l’arrêt de sève provoqué par cette taille tardive. Mais jamais un arboriculteur ne m’a dit, par exemple : « J’ai commencé à tailler mon verger début janvier, puis me suis arrêté et ai repris 15 jours après. Et j’observe maintenant une différence de vigueur / de fertilité / au niveau sanitaire… D’où cela pourrait-il provenir ? ».

    Doit-on protéger les coupes consécutives à la taille ?

    Non.

    La cicatrisation est « plutôt moins bonne » lorsqu’une coupe a été badigeonnée (la sève, ne pouvant sécher, s’accumule sous le badigeon, avec prolifération de bactéries ou champignons).

    Je ne vois pas de raison, autre que commerciale, à la vente de badigeons supposés cicatrisants.

    Pour aller plus loin : il est probable que l’application de badigeons sur les coupes a été une transposition des soins apportés aux plaies de nous autres humains. L’emploi d’expressions comme « badigeons pour les plaies de taille » est révélateur. Bien heureusement, l’arbre a appris à limiter la propagation des pathogènes utilisant les très nombreuses branches cassées comme portes d’entrée.

    Taille de formation et taille de fructification, quelle différence ?

    La taille de formation modifie l’architecture de l’arbre (vu de loin, l’arbre n’est pas pareil avant et après la taille). Elle concerne surtout les premières années mais se poursuit peu ou prou toute la vie de l’arbre par la taille d’entretien.

    Elle concerne toutes les espèces et se fait au sécateur, à la scie ou à la tronçonneuse.

    En taille de fructification, on ne supprime ou raccourcit que les rameaux ou brindilles portant des bourgeons à fleur (vu de loin, l’arbre à la même silhouette avant ou après la taille).

    Elle se pratique au sécateur pour :
    réduire l’éclaircissage,
    et / ou pour rapprocher la fructification des charpentières (plus de précisions dans « taille de l’abricotier »).

    Pour des raisons d’accessibilité bien compréhensible, le noyer et le châtaignier ne sont pas concernés.

    Cette distinction entre taille de formation et taille de fructification est théorique puisqu’une taille de formation supprime des branches qui portent (ou allaient porter les années suivantes) des fruits et qu’une taille de fructification, par ses conséquences sur le nombre de jeunes fruits au printemps va impacter la vigueur de l’arbre – et donc sa forme – ainsi que son port. Mais cette distinction reste bien utile !

    Le jardinier s’attachera surtout à la taille de formation.

    Ne disposant pas de protection contre le gel en floraison et ayant par ailleurs du temps à consacrer à l’éclaircissage, il pourra faire une taille de fructification légère, voire inexistante.

    Faut-il pratiquer une « taille douce » ?

    Une taille douce ne peut se définir qu’en comparaison – ou en opposition – à une taille qui ne serait pas douce, donc dure, ou sévère, et qui pourrait être celle d’un arboriculteur qui supprime les deux tiers d’un pêcher lorsqu’il le taille, ou qui utilise des lamiers (gros taille-haie) montés sur tracteur. Rassurez-vous ! Les arboriculteurs ne pratiquent pas une taille dure ou sévère, mais simplement une taille adaptée à leurs contraintes, leurs objectifs et leurs compétences.

    Même s’il ne faut jamais se refuser de la douceur, l’objectif de ce site n’est donc pas de vous initier à une « taille douce », mais de vous aider à adapter votre taille à partir de l’observation et du raisonnement.

    Tailler accroît-il la vigueur de l’arbre 

    La réponse aux questions précédentes était simple : « oui », « non », ou un court développement suffisait.

    Cette question est plus délicate et sera traitée dans la rubrique « Quelques fondamentaux ».

    Disons simplement que – contrairement à une croyance répandue –la taille diminue le plus souvent la vigueur ; mais elle l’augmente parfois.

    Mais tailler, c’est quoi ?

    Oui, bien sûr, on aurait pu commencer par là ! Mieux vaut tard que jamais !

    Tailler, c’est supprimer du végétal, avec la main (pincement), le sécateur, la scie ou la tronçonneuse.

    Le tailleur, comme le sculpteur, pratique par enlèvement.

    On taille, bien sûr, les branches, mais les racines sont parfois taillées également, toujours lorsqu’on souhaite affaiblir l’arbre. C’est ce que pratiquent les amateurs de bonzaï : dépoter l’arbre, couper les racines, le rempoter…

    Dans des vergers trop vigoureux (pommiers souvent), les arboriculteurs coupent parfois les racines avec un tracteur équipé d’une sous-soleuse (lame verticale entrant en terre de 50 cm environ). Cette opération est faite en montée de sève (gonflement du bourgeon).