Et si l’on parlait du tailleur – et de la tailleuse !

Des racines, un tronc, des branches (qui ont la même étymologie que « bras ») : l’arbre se prête à merveille aux projections et aux identifications.

Parler d’arbre – et en particulier de taille et d’éclaircissage – sans se laisser envahir par la subjectivité et l’affect est une gageure. Vous voulez une preuve ? Madame, monsieur, allez donc tailler ensemble le vieux pommier au fond du jardin. Au risque de tomber dans les stéréotypes de genre, on peut penser que monsieur va partir avec sa tronçonneuse, et madame avec un sécateur ou peut-être même les mains dans les poches. Tous deux vont se regarder en coin, madame pensant qu’il va lui faire du mal avec son gros machin et qu’en lui coupant des branches, il va lui enlever plein de bébés fruits ; monsieur se disant que les vieux arbres, c’est comme les greniers : il ne faut pas hésiter à faire du ménage ! Dispute garantie en moins de dix minutes.

L’intention de ce chapitre sur la taille n’est pas de gommer la subjectivité et l’affect, mais de l’éclairer par une meilleure compréhension du fonctionnement de l’arbre. Que madame comprenne que, sur ce vieux pommier qui penche dangereusement, couper quelques branches va le rééquilibrer et évitera donc qu’il ne tombe un jour de neige ou de grand vent ; et que monsieur sache que le pommier est très sensible aux brûlures et qu’il faut donc tailler avec parcimonie dans le haut de la frondaison.

Il est toujours fructueux de s’interroger sur nos attentes lorsqu’on plante un arbre. Des fleurs ? Des fruits ? Une silhouette ? De l’ombre ?

Et de s’interroger sur notre comportement. Plutôt interventionniste ou plutôt « laisser faire la nature » ?

Et de s’interroger également sur notre vision esthétique de l’arbre. Qu’est-ce qu’un bel arbre ? Là encore, laissons nos attentes esthétiques s’exprimer… sans oublier les règles de fonctionnement de l’arbre afin que l’arbre soit beau… résiliant et productif.

Nous allons maintenant aborder ces « fondamentaux » de l’arbre et de la taille.